Histoire de la photographie : des premières images à l’art contemporain

L’essentiel à retenir en 30 secondes

  • 1826 : Nicéphore Niépce fixe la première photographie de l’histoire, la fameuse Vue depuis la fenêtre du domaine du Gras, avec un temps de pose de 8 heures.
  • 7 janvier 1839 : François Arago présente le daguerréotype à l’Académie des sciences. Date de naissance officielle de la photographie.
  • 1903 : Louis Lumière brevette l’Autochrome, premier procédé grand public de photographie couleur.
  • 1976 : William Eggleston expose au MoMA, faisant entrer la photographie couleur au rang de discipline artistique reconnue.
  • Aujourd’hui : la photographie est considérée comme le huitième art, avec des tirages qui dépassent régulièrement le million de dollars aux enchères.

Aux origines : la chambre noire et la conquête de l’image fixée

Le principe optique de la chambre noire, ou camera obscura, est connu depuis l’Antiquité. Aristote au IVᵉ siècle avant notre ère, puis le savant arabe Ibn al-Haytham vers l’an 1000, décrivent tous deux le phénomène : un petit trou percé dans une paroi laisse projeter, à l’intérieur d’une pièce sombre, une image inversée du monde extérieur. Pendant des siècles, dessinateurs et peintres se servent de cet outil pour saisir les perspectives, sans pouvoir enregistrer l’image de manière permanente.

Il faut attendre le début du XIXᵉ siècle pour que la chimie permette de fixer cette image. Le Français Nicéphore Niépce (1765-1833) réussit en 1826, dans son domaine bourguignon du Gras (Saône-et-Loire), à produire la première photographie de l’histoire. Sur une plaque d’étain enduite de bitume de Judée, il obtient après huit heures de pose la vue de sa cour depuis une fenêtre. L’image survit encore aujourd’hui, conservée à l’université du Texas à Austin.

Niépce baptise son procédé héliographie, littéralement « écriture par le soleil ». Trois ans plus tard, il s’associe avec un peintre parisien passionné de mise en scène, Louis Jacques Mandé Daguerre, pour perfectionner la technique.

1839, l’année qui change tout : le daguerréotype

Le 7 janvier 1839, devant l’Académie des sciences réunie à Paris, l’astronome François Arago présente le procédé mis au point par Daguerre trois ans après la mort de Niépce. C’est la date conventionnelle de naissance de la photographie. L’État français rachète l’invention et l’offre au monde entier, en échange d’une pension à vie versée à Daguerre et à l’héritier de Niépce.

Le daguerréotype est une image unique fixée sur une plaque de cuivre argentée. Sa précision est stupéfiante pour l’époque. Mais il présente deux défauts majeurs : chaque image est unique (impossible de la reproduire) et sa surface miroir en rend la lecture difficile selon la lumière ambiante.

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À peine trois semaines plus tard, un autre inventeur, l’Anglais William Henry Fox Talbot (1800-1877), présente à la Royal Society son procédé concurrent : la calotypie (ou talbotypie). Cette fois, l’image est un négatif sur papier, à partir duquel on peut tirer une infinité de positifs. C’est ce principe qui va vraiment démocratiser la photographie, alors que le daguerréotype restera un objet artisanal de collection.

La révolution du portrait et de la photo de rue

Dans les années 1850, les temps de pose passent de plusieurs minutes à quelques secondes. Le portrait photographique devient une pratique de masse. On voit apparaître dans les grandes villes françaises et britanniques des studios spécialisés où la bourgeoisie fait immortaliser son visage. La firme parisienne Nadar (Gaspard-Félix Tournachon, 1820-1910) photographie Baudelaire, George Sand, Victor Hugo, Sarah Bernhardt.

La photographie sort aussi du studio. Charles Marville documente les rues du vieux Paris avant les travaux d’Haussmann. Roger Fenton couvre la guerre de Crimée en 1855, inaugurant le photojournalisme. Aux États-Unis, Mathew Brady photographie la guerre de Sécession, produisant des images qui bouleversent l’opinion publique.

Fin XIXᵉ, l’invention de la pellicule souple par George Eastman en 1889, et le lancement du Kodak N°1 la même année (« You press the button, we do the rest »), font entrer la photographie dans les foyers. N’importe qui peut désormais faire des images sans savoir manipuler la chimie.

La couleur, cette lente conquête

Pendant plus d’un siècle, la photographie sera perçue comme un art du noir et blanc. La couleur, pourtant tentée dès les débuts, se heurte à des obstacles techniques.

Le physicien français Gabriel Lippmann (1845-1921) obtient le prix Nobel de physique en 1908 pour son procédé de photographie couleur par interférences, révolutionnaire mais trop complexe pour être industrialisé.

C’est la maison Lumière, à Lyon, qui casse le verrou. En 1903, Louis Lumière brevette l’Autochrome, premier procédé couleur commercialisé pour le grand public à partir de 1907. Le principe repose sur des grains de fécule de pomme de terre teintés en trois couleurs primaires, appliqués sur une plaque de verre. Résultat : des images douces, aux couleurs poudreuses, aujourd’hui adorées des historiens de l’art pour leur poésie particulière.

Il faudra attendre 1935, avec le lancement du Kodachrome par Kodak, pour que la photographie couleur devienne accessible et fiable. Le Kodachrome accompagnera pendant 74 ans les grandes photographies documentaires, jusqu’à son retrait de la production en 2009. Steve McCurry, l’auteur de la fameuse Afghan Girl parue en couverture du National Geographic de juin 1985, aura l’honneur de tirer les 36 dernières poses de la dernière bobine produite.

Histoire de la photographie

1976, la couleur entre au musée

Pendant des décennies, la couleur reste jugée « vulgaire » ou « commerciale » par la critique d’art. On l’associe à la publicité, à la carte postale, au photojournalisme grand public. La photo d’art, la vraie, reste noire et blanche.

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Le tournant a lieu au Museum of Modern Art de New York, à l’automne 1976. L’exposition personnelle de William Eggleston (né en 1939), commissaire John Szarkowski, présente pour la première fois des images en couleur dans les salles du MoMA. Le choc est immense. Eggleston photographie l’Amérique banale du Sud rural : un tricycle sur un trottoir, l’intérieur d’un frigo, une ampoule rouge au plafond d’une chambre miteuse. Son procédé de tirage par dye-transfer donne aux couleurs une intensité inédite.

La critique se déchire. The New York Times parle du « pire spectacle de l’année ». Mais dix ans plus tard, plus personne ne conteste : la photographie couleur est un art à part entière. Elle ouvre la voie à Saul Leiter (1923-2013), pionnier oublié qui saisit New York en couleur dès les années 1950. À Joel Meyerowitz, à Stephen Shore, à Ernst Haas. Un nouveau canon se forme.

Les grands noms à connaître en 15 photographes

Une histoire courte de la photographie tient dans une quinzaine de noms qu’il faut avoir entendu au moins une fois.

Ansel Adams (1902-1984, États-Unis) : maître du paysage américain, popularise le système zonal. Son Moonrise, Hernandez, New Mexico (1941) est parmi les tirages les plus vendus au monde.

Henri Cartier-Bresson (1908-2004, France) : père de la photographie de rue et du concept d’instant décisif. Fondateur de l’agence Magnum en 1947.

Robert Doisneau (1912-1994, France) : chroniqueur poétique du Paris populaire. Son Baiser de l’Hôtel de Ville (1950) est devenu une icône universelle.

Robert Capa (1913-1954, Hongrie/États-Unis) : photojournaliste de guerre légendaire. Débarque avec la 1ère vague à Omaha Beach le 6 juin 1944.

Vivian Maier (1926-2009, États-Unis) : nounou de Chicago, redécouverte à titre posthume en 2007 comme l’une des grandes photographes de rue du XXᵉ.

Diane Arbus (1923-1971, États-Unis) : portraits de marginaux new-yorkais qui révolutionnent la notion même de sujet photographique.

Sebastião Salgado (né en 1944, Brésil) : documentaire noir et blanc épique. Genesis, Sahel, Workers.

Steve McCurry (né en 1950, États-Unis) : couleurs saturées et portraits emblématiques. La photo Afghan Girl (Sharbat Gula) est probablement la couverture National Geographic la plus célèbre de tous les temps.

Annie Leibovitz (née en 1949, États-Unis) : portraits de célébrités qui ont défini l’esthétique Rolling Stone, Vanity Fair, Vogue.

Andreas Gursky (né en 1955, Allemagne) : très grands tirages contemporains. Rhein II (1999) reste la photo la plus chère jamais vendue aux enchères (4,3 millions de dollars chez Christie’s en 2011).

La photographie chez soi : quand l’art descend du musée

Depuis vingt ans, la photographie a quitté les seuls murs des musées pour rejoindre ceux des maisons. Trois facteurs expliquent cette démocratisation.

D’abord la reproduction numérique de haute qualité. Un tirage sur papier photo baryté ou une impression contrecollée sur aluminium restitue aujourd’hui les images des grands photographes avec une fidélité inégalée. Ce qui était réservé aux collectionneurs devient accessible pour quelques dizaines à quelques centaines d’euros.

Ensuite l’évolution de la déco intérieure. Les intérieurs contemporains, plus dépouillés, appellent des œuvres murales fortes qui structurent l’espace. Une grande photographie noir et blanc au-dessus d’un canapé, un triptyque couleur dans un couloir, un portrait format carré dans une entrée : la photographie remplit ce rôle mieux que beaucoup de peintures.

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Enfin la diversité de l’offre. Là où le marché du tableau se concentre sur quelques signatures reconnues, celui du tirage photographique brasse peintures d’auteurs, images d’archives, photographies de voyage, séries contemporaines. Chacun trouve son style. Des boutiques spécialisées comme The Art Avenue proposent aujourd’hui des tableaux photographiques imprimés sur toile, plexiglas ou aluminium, en formats variés, prêts à poser au mur. On y trouve aussi bien des paysages contemporains que des scènes urbaines noir et blanc ou des compositions abstraites, à des prix qui rendent le décor mural bien plus accessible qu’une œuvre originale de galerie.

Comment accrocher une photographie chez soi

Trois règles suffisent pour ne pas se tromper.

La hauteur du regard. Le centre de l’image doit se situer à environ 1,55 à 1,60 mètre du sol, hauteur moyenne des yeux d’un adulte debout. C’est aussi la convention des musées et galeries d’art. Au-dessus d’un canapé, on descend à 20 cm au-dessus du dossier, à ne jamais dépasser.

La proportion à la surface. Une œuvre doit occuper entre 55 % et 75 % de la largeur du meuble qu’elle surplombe. Au-dessus d’un lit king size (180 cm), on vise donc une image entre 100 et 135 cm de large. En-dessous, l’image paraît écrasée. Au-dessus, elle déborde et déséquilibre.

La lumière naturelle. Éviter le soleil direct qui fait pâlir les tirages en quelques années, même les pigments d’aujourd’hui. Choisir un mur qui reçoit une lumière indirecte, et si possible, un tirage sous verre anti-UV.

Questions fréquentes sur l’histoire de la photographie

Qui a inventé la photographie ?

Le Français Nicéphore Niépce est l’auteur de la première photographie fixée de l’histoire, en 1826. Mais c’est Louis Jacques Mandé Daguerre qui, avec son daguerréotype présenté en 1839, popularise le procédé. En parallèle, l’Anglais William Henry Fox Talbot invente le négatif papier reproductible.

Quelle est la première photo en couleur ?

Le physicien écossais James Clerk Maxwell réalise la première photo en couleur par superposition de trois filtres en 1861. Mais le premier procédé grand public est l’Autochrome des frères Lumière, breveté en 1903 et commercialisé à partir de 1907. Le premier film couleur moderne est le Kodachrome (1935).

Quand la photographie est-elle devenue un art reconnu ?

La reconnaissance officielle est progressive. Alfred Stieglitz défend le mouvement pictorialiste dès les années 1900. Le Museum of Modern Art de New York crée un département photographie en 1940. L’exposition Eggleston de 1976 au MoMA marque l’entrée de la photographie couleur au rang de discipline artistique majeure.

Combien vaut la photographie la plus chère du monde ?

Le record est détenu par Rhein II d’Andreas Gursky (1999), vendue 4,3 millions de dollars chez Christie’s à New York en novembre 2011. Le top 10 mondial se partage entre Gursky, Cindy Sherman, Peter Lik, Richard Prince et quelques photographes de l’école allemande de Düsseldorf.

Pourquoi parle-t-on du « huitième art » ?

La classification traditionnelle du XIXᵉ siècle recensait six arts majeurs : architecture, sculpture, peinture, musique, poésie, danse. Le cinéma s’est imposé comme septième art au début du XXᵉ (formulation de Ricciotto Canudo en 1911). La photographie, qui a nourri le cinéma tout en gardant son autonomie, a été classée huitième art au fil du XXᵉ siècle.

Quels sont les grands musées photographiques à visiter ?

En France : la Maison européenne de la photographie et le Jeu de Paume à Paris, les Rencontres d’Arles chaque été depuis 1970. À l’étranger : le MoMA à New York, l’International Center of Photography à New York, la Fondazione Prada à Milan, le C/O Berlin, le Fotomuseum Winterthur en Suisse.

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